20 septembre 2006

Pétrole : le retour du bear market ?



Alors que tout laissait croire à la poursuite de la hausse du pétrole, le prix du baril se rapproche du niveau des 60$, en baisse de plus de 20% par rapport à son record.

Au moment où le FMI réajuste à la hausse ses prévisions de croissance mondiale pour 2007, l'Agence Internationale de l'Energie baisse ses anticipations sur la demande de pétrole. Contradiction ?

Au niveau des tensions internationales, l'ultimatum occidental adressé à l'Iran nucléaire n'a pas empêché le baril de baisser tranquillement ces dernières semaines. Cela donne une idée de la crédibilité des dirigeants du groupe des 6 à convaincre de la mise en oeuvre de leur politique.

Sur un marché de commodities tel que le pétrole, le cours est déterminé par l'offre et la demande marginales. Si un agent a besoin de 1000 barils, et qu'il a payé 60$ pour en acheter 999, il peut payer 200 $ pour le millième : son prix de revient sera de 60,14, soit marginalement plus cher. Mais le prix de marché s'établira à 200 $, ce qui est plus ennuyeux pour les nouveaux acheteurs.

Il importe donc de réfléchir sur les déterminants à plus long terme de l'offre et de la demande.

L'augmentation de l'offre d'énergies renouvelables et nucléaires est une donnée certaine, même si la quantité actuelle produite est faible. Les conditions économiques et règlementaires de rentabilité des projets sont là; les investisseurs sont prêts à mettre les fonds nécessaires au développement des projets dans l'éolien, le solaire, la biomasse; le capital-risque met de plus en plus de moyens dans le bouillonnement technologique des start-ups du secteur.

Du côté de l'offre de pétrole, les prédictions apocalyptiques sur l'épuisement prochain des réserves sont très controversées. Un gisement de pétrole n'est pas comme le réservoir d'essence de sa voiture, qui, une fois qu'il est vide, est vraiment à sec. C'est plutôt comme une éponge : en la pressant un peu, on fait sortir un peu du liquide qu'elle contient; si on veut en obtenir plus, il faut mettre plus de moyens et d'énergie pour presser. A l'AG de Maurel et Prom en juin, j'ai posé la question au directeur de l'exploration : quel est le pourcentage des réserves qui peut être extrait d'un gisement, et comment faire pour augmenter ce ratio. Réponse : entre 15 et 35%, selon 1) les données physiques du champ et 2) la capacité technologique et le coût de la technologie nécessaire pour pomper plus. Conclusion confirmée par ce professionnel : le progrès des technologies d'extraction a un impact énorme sur la capacité à "presser l'éponge". Le même raisonnement vaut pour les nouvelles éponges, c'est-à-dire l'exploration; le nouveau gisement découvert au large du Golfe du Mexique en est un bon exemple.

Pour approfondir cette question, je recommande la lecture d'un article publié récemment par Accenture et SAP dans Oil & Gas Journal, sous le titre : The Digital Oil Field of the Future.

2 commentaires:

Jean-baptiste a dit…

Excellent article. Bravo pour la qualité des posts de ce blog en général.
Il manque néanmoins votre conclusion : au final, vous êtes plutôt bear ou bull sur le pétrole ?!

Didier a dit…

Attention à ne pas se faire d'illusions sur les remplaçants du pétrole. Un peu d'information permet de comprendre qu'il n'y a pas de solution, sinon celle de changer entièrement notre mode de vie.

Voir La fin progressive du pétrole

Pour le pétrole, c'est maintenant le début de la fin, en 2007-2008.